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Dossier aérien : les aéroports africains décollent-ils ?

Dossier aérien : les aéroports africains décollent-ils ?

L’aéroport de Nairobi, le premier d’Afrique de l’Est, avec 6,3 millions de passagers en 2012, est devenu un rouage incontournable de l’économie nationale. Depuis ce hub, Kenya Airways relie directement 60 destinations dans le monde. Et pas moins de 20 autres transporteurs aériens desservent l’aéroport. Le 7 août, une partie du site a brûlé accidentellement. Les images impressionnantes des flammes dévorant le hall d’arrivée des passagers ont fait les unes de la presse. Aucune victime n’a été à déplorer et le trafic n’a été interrompu qu’une journée. Mais la compagnie nationale estime ses pertes à 2,9 millions d’euros. Seul effet positif, le projet d’agrandissement du terminal 1, en sommeil depuis cinq ans, est remis à l’ordre du jour.

Cet incident majeur montre l’importance des aéroports pour les économies africaines. Il souligne surtout plusieurs de leurs points faibles, notamment leur niveau de sécurité médiocre et leur mauvaise connexion avec les centres-villes. « La protection civile, dépendante de l’État, constitue la première fragilité des aéroports africains. D’après un audit effectué récemment, en moyenne, seulement 60 % des normes de sécurité de l’Organisation de l’aviation civile internationale (Oaci) sont appliquées, même s’il y a de bons élèves comme le Ghana ou le Maroc », regrette Ali Tounsi, secrétaire général pour l’Afrique du Conseil international des aéroports (ACI). « Lors de l’incendie de Nairobi, les pompiers ont été bloqués dans les embouteillages. Ils ont mis près de deux heures pour parcourir 15 km. Les dégâts auraient été bien moindres s’ils étaient intervenus plus rapidement », estime-t-il. Pour changer la donne, l’ACI, appuyé par ses 1 700 membres, mène depuis deux ans un programme gratuit d’évaluation effectué par des experts. Il a déjà été déployé dans vingt aéroports africains.

Retards

Sur le continent, comme au Kenya, le nombre de passagers transportés est en forte hausse. D’ici à 2029, l’ACI prévoit un triplement du trafic aérien. Les constructeurs s’attendent à vendre 1 000 avions supplémentaires aux seules compagnies africaines. Mais les opérateurs aéroportuaires peinent à suivre. « Pour répondre à cette demande, les chantiers d’extension et de construction de nouveaux aéroports se multiplient, notamment à Nairobi, Addis-Abeba, Luanda, Lagos, Kigali, Dakar et Accra. Certains d’entre eux ont été achevés, comme à Brazzaville et à Maputo, mais dans la plupart des cas ils sont en retard, en raison d’une mauvaise planification des travaux ou de financements adéquats », observe Elijah Chingosho, secrétaire général de l’Association des compagnies aériennes africaines (Afraa).

L’exemple de l’aéroport Blaise-Diagne de Dakar, censé remplacer l’ancien (Léopold-Sédar-Senghor), est à ce titre emblématique. Son ouverture, annoncée pour 2011, n’a toujours pas eu lieu (lire encadré). Mêmes atermoiements à Ouagadougou, où le nouvel aéroport, qui doit s’élever à Donsin, à 30 km de la capitale, en est au stade de projet depuis plus de dix ans. « Initialement, nous envisagions de prendre en main sa gestion. Mais compte tenu de son coût [349 millions d’euros], les études de prévisions de trafic ne nous ont pas convaincus », indique un opérateur aéroportuaire privé, dubitatif sur les 30 millions de passagers annuels annoncés. « Bien sûr, de nouvelles infrastructures sont nécessaires, mais attention à la folie des grandeurs. Plutôt que de fermer un aéroport historique et d’en ouvrir un autre loin du centre-ville, il est souvent plus judicieux de le conserver et de laisser la nouvelle aérogare prendre de l’ampleur », indique Ali Tounsi.

Vache à lait

La petite taille des aéroports africains ne joue pas en leur faveur auprès des investisseurs : « 84 % d’entre eux drainent un trafic inférieur à 1 million de passagers, alors que cette proportion est de 58,7 % en moyenne dans le reste du monde. À eux trois, les aéroports américains de Dallas, Chicago et New York pèsent plus que l’ensemble des 250 aéroports africains », affirme Ali Tounsi.

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